Hantavirus : comment la France fait face aux crises sanitaires
La France n’est pas démunie face à la survenue d’une crise sanitaire. Elle dispose d’un maillage de surveillance médicale permanent, et d’une logistique importante prête à être déployée en cas d’urgence, impliquant toute la chaine des « services publics de première ligne »
ORSAN, CORRUSS, CCS, ESR, REB, NRBC… Ces acronymes, auxquels s’ajoutent de nombreux autres, correspondent à une boite à outils, celle du système français de veille sanitaire - et de secours le cas échéant - pouvant impliquer en coordination les médecins libéraux, les services hospitaliers, la sécurité civile -dont les pompiers-, l’armée, les forces de sécurité intérieure. Et le retour d’expérience de chaque « choc », (dernier en date, la COVID 19) conduit à un Retour d’expérience systématique afin d’affiner et d’adapter le dispositif.
C’est d’ailleurs dans ce cadre que le transfert des passagers du MV Hondius et des vols concernés par l’Hantavirus à l’hôpital Bichat à Paris, et dans certains hôpitaux de Marseille et Bordeaux, ne doit rien au hasard. Les établissements concernés font partie les 18 pôles d’établissements de santé de référence en France (ESR), avec spécialisation REB (Risque épidémiologique et biologique). Ils disposent du personnel formé, et de l’infrastructure spécialisée dans la prise en charge en isolement des patients potentiellement victime de ce type de risque.
D’autres sont plus spécifiquement spécialisés en « Mission de référence NR » pour risque « nucléaire et radiologique », « C » (chimique), « AMAVI » (Afflux massif de victimes), ou Med-Psy.[1]
Décontamination
Certains de ces hôpitaux peuvent également être intégralement placés en quarantaine et possèdent dans leurs locaux toute la logistique nécessaire à l’installation d’un véritable dispositif de crise (combinaisons NRBC -protection Nucléaire, Radiologique, Bactériologique, Chimique-, tentes de « tri patients », douches de décontamination, panneaux mobiles de signalisation pour orienter les arrivées, barrières…).
Concernant les établissements spécifiquement REB, il y en a un dans chaque région, dont certains ont des missions nationales.[2] A Paris, il s’agit des hôpitaux Bichat et Necker (qui ne sont pas seulement REB mais, outre leur mission de médecine générale et spécialisée dans certains domaines, peuvent aussi accueillir des patients NR, C etc.).
Outre plusieurs SAMU-SMUR spécialisé (les véhicules arrivants à Bichat lundi 10 mai 2026 portaient l’acronyme REB), les pompiers et les services de santé des armées avec leurs propres infrastructures peuvent être mis à contribution, comme ce fut le cas pendant la crise du COVID, ainsi que les forces de l’ordre pour contrôler des entrées et sorties ou escorter des ambulances.
Plan Blanc
C’est également le service de santé des armées qui, en 2014, s’est occupé de la prise en charge des deux patients touchés par le virus Ebola et rapatriés en France. 2014, c’est par ailleurs l’année de la création d’ORSAN, le dispositif général d’Organisation de la réponse du système de santé en situation sanitaire exceptionnelle[3], qui chapeaute le déclenchement d’un Plan Blanc dont les modalités sont décidées par chaque hôpital concerné, en lien avec l’Agence régionale de santé (ARS). A noter que les Plans Blancs, qui permettent à chaque hôpital -qui font tous des exercices réguliers- de mobiliser les moyens nécessaires pour répondre à une crise exceptionnelle, ont également intégrés depuis 2015 le risque terroriste.
Au niveau gouvernemental, il y a au ministère de la Santé un « Centre de crise sanitaire » (CCS) « composé d’une équipe de 70 agents et placé directement auprès du directeur général de la santé (DGS), vise à consolider les capacités ministérielles en termes d’anticipation, de préparation et de gestion des alertes et des crises, tout en restructurant l’organisation ministérielle de crise. »[4]
Sentinelle
Le CCS chapeaute notamment la mise en œuvre du Centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales (CORRUSS).
En dehors des infrastructures spécialisées, la France compte plus de 600 services d’urgences ouverts en permanence, qui constituent autant de cellules de veille sanitaire et prennent en charge chaque année quelques 20 millions de patients[5].
Il existe aussi des dispositifs de surveillance permanent en ville, au premier rang desquels le Réseau sentinelle, composé de 1.200 médecins libéraux volontaires sur tout le territoire qui font remonter leurs données, notamment concernant les infections respiratoires aigües et les syndromes grippaux. C’est en particulier ce réseau qui donne la température chaque semaine en hiver de l’épidémie de grippe saisonnière.[6]
Bref, il serait, ici, difficile de passer à côté d’un début de diffusion d’Hantavirus dans la population, d’autant plus que notre pays compte aussi un maillage national de 100.000 médecins généralistes libéraux[7], maillage qui constitue autant de vigies potentielles.
[1] Leur classement et leur localisation est établi par l’Arrêté du 18 janvier 2024 fixant la liste des établissements de santé de référence https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049025644
[2] Voir à ce sujet le site du COREB (Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique) https://www.coreb.infectiologie.com/fr/carte-des-etablissements-de-sante-de-reference-esr-pour-le-reb.html
[3] https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000048889570/2024-01-06#:~:text=Le%20directeur%20g%C3%A9n%C3%A9ral%20de%20l'agence%20r%C3%A9gionale%20de%20sant%C3%A9%20peut,ministre%20charg%C3%A9%20de%20la%20sant%C3%A9.
[4] https://sante.gouv.fr/prevention-en-sante/securite-sanitaire/article/le-centre-de-crises-sanitaires-du-ministere-charge-de-la-sante
[5] https://www.sfmu.org/fr/actualites/actualites-de-l-urgences/des-structures-d-urgence-plus-nombreuses-en-2021-pour-la-premiere-fois-depuis-10-ans-infographies-/new_id/68856
[6] https://www.sentiweb.fr/france/fr/?
[7] https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/jeux-de-donnees/250728-DATA-demographie-des-medecins