Rave-party, rodéos, troubles à l’ordre public : trois textes au Parlement

Alors qu’une nouvelle « free party » illicite a rassemblé 20.000 personnes à Cornusse (Cher) sur un terrain militaire le week-end du 1er mai 2026, deux textes législatifs traitant de l’organisation de ces Rave clandestines -dont l’un, porté par le gouvernement qui prévoit jusqu’à deux ans de prison pour les organisateurs- sont actuellement présentés au Parlement. Un rapport sénatorial issu de la commission des Lois formule par ailleurs 28 propositions, dont des mesures de prévention.‍ ‍

Une proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale le 9 avril 2026 puis déposée au Sénat qui doit l’examiner à son tour, un projet de loi présenté par le ministre de l’Intérieur le 25 mars 2026, dont l’examen est prévu en séance publique par la Chambre Haute à partir du 18 mai 2026, et un rapport, fruit de quatre mois de travail, issu de sénateurs de plusieurs bords politiques de la commission des Lois. Point commun ? les trois textes traitent notamment de la question de l’organisation clandestine des rave-party.

Le premier porte uniquement sur ce sujet. La Proposition de loi visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties, présentée par la députée Laetitia Saint-Paul (Horizons et Indépendants, Maine-et-Loire, 4eme circonscription) comporte deux articles dans sa version déposée au Sénat le 10 avril 2026, après avoir été adopté la veille par l’Assemblée nationale[1].

Il prévoit notamment de punir d’une peine pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison et 30.000 euros d’amende « le fait de contribuer, de manière directe ou indirecte, à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement d’un rassemblement mentionné à l’article L. 211-5 (du code de la Sécurité Intérieure)[2]sans déclaration préalable ou en violation d’une interdiction prononcée par le représentant de l’État dans le département ou, à Paris, par le préfet de police ». Le texte permet également de saisir le matériel utilisé lors de l’événement.

Les participants, quant à eux, pourront se voir infliger une contravention de 5eme classe (1.500 euros, le double en cas de récidive). Actuellement, la loi prévoit une amende de 1.500 euros pour les organisateurs d’un tel événement non déclaré -encore faut-il pouvoir les identifier, d’où le caractère particulièrement large de la proposition de loi- et aucune sanction particulière pour les simples participants.

Laisser une place à la prévention‍ ‍

Une mesure importante en matière de prévention a été ajoutée au cours des débats à l’Assemblée. Contrairement à sa version initiale, le texte sanctuarise les organisations qui mènent sur les sites des rave party des opérations de réduction des risques liés à la consommation d’alcool ou de produits stupéfiants, et les personnes installant des lieux de repos ou des véhicules de restauration. « Ne peuvent être regardées comme contribuant à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement du rassemblement les personnes physiques ou morales intervenant exclusivement dans le cadre des actions de réduction des risques et des dommages prévues aux articles L. 3411-7 et L. 3411-8 du code de la santé publique[3] ni les personnes contribuant à installer un lieu de repos et de convivialité sur le terrain occupé ou à mettre en place un camion de restauration », ont ainsi précisé les députés.

Mais on peut s’interroger sur l’avenir de ce texte, lorsqu’on lit le projet de loi RIPOST, porté au nom du gouvernement par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui doit être débattu au Sénat en séance publique à partir du 18 mai 2026. RIPOST, c’est d’abord un acronyme (qui remplace l’appellation précédente de « projet de loi renforçant la sécurité du quotidien ») pour « projet de loi Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens ». Beaucoup plus large que la proposition de loi sur les rave-party, RIPOST prévoit un certain nombre de dispositions répressives -et un renforcement de mesures déjà existantes- dans plusieurs domaines : l’usage détourné du protoxyde d’azote, l’usage de stupéfiants, l’utilisation des mortiers d’artifices comme armes, l’occupation illicite de logements de tourisme, les rodéos-urbains, l’hooliganisme dans les stades, la lutte contre la criminalité organisée, et…les rassemblements musicaux illégaux.

Prison ferme‍ ‍

En la matière, le projet de loi du gouvernement va plus loin que le texte de Laetitia Saint-Paul. Il instaure notamment, outre une amende de 30.000 euros, une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison pour les organisateurs, (et une amende forfaitaire délictuelle de 300 euros pour les participants)[4][5].

Un troisième document s’ajoute à ces projets législatifs. Le 29 avril 2026, un rapport d’information a été adopté par la commission des Lois de la Chambre Haute du Parlement. Présenté par Lauriane Josende (sénatrice LR des Pyrénées-Orientales), Isabelle Florennes (Union centriste, Hauts-de-Seine), et Hussein Bourgi (groupe Socialiste, Ecologiste et Républicain, Hérault), le document formule 28 propositions pour lutter contre les rodéos-urbains et l’organisation illégale des rave-party[6].

Ce rapport, fruit de quatre mois de travail de terrain, part d’un constat : « Les rodéos motorisés et les rave-parties illégales sont symptomatiques d’un délitement inquiétant du respect de l’autorité de l’État et de la réglementation. Les difficultés des pouvoirs publics à endiguer la progression de ces phénomènes sont extrêmement mal vécues par des citoyens et des élus locaux légitimement exaspérés par les nuisances et les préjudices qui en résultent, et qui ont parfois le sentiment d’être abandonnés par l’État face à des fauteurs de trouble qui restent, eux, trop souvent impunis. »‍ ‍

L’expérience de la co-construction contre le narcotrafic‍ ‍

Et de formuler 28 propositions, dont plusieurs dans une démarche de prévention, notamment en matière de sécurité routière. Les sénateurs veulent que leur document influe largement sur les débats parlementaires qui auront lieu autour du projet de loi de l’exécutif. Ainsi, soulignent-ils « une grande partie », des propositions « ont vocation à être traduites immédiatement dans la loi, lors de l’examen en mai au Sénat du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et tranquillité de nos concitoyens, dit ‘RIPOST’ ».

La démarche des sénateurs en rappelle une autre. Le 14 mai 2024, la commission d’enquête sénatoriale (là encore transprtisane) « sur l’impact du narcotrafic en France et les mesuresà prendre pour y remédier » avait remis son rapport après six mois de travail[7]. Le document avait débouché sur une proposition de loi, finalement reprise par le gouvernement. Et la loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » avait ainsi été adoptée par le Parlement le 29 avril 2025, et promulguée au Journal Officiel le 13 juin 2025[8].    

Photo: le ministre de l'Interieur, Laurent Nuñez, lors d'une conférence de presse en marge de sa visite dans le Cher sur les lieux d'une free party illégale le 3 mai 2026

[1] https://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl25-537.html

[2] L’article L.21165 du Code de la Sécurité intérieure fixe les modalités de déclaration obligatoire des « rassemblements exclusivement festifs à caractère musical ». https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000025505145

[3] Ces deux articles encadrent » la politique de réduction des risques et des dommages en direction des usagers de drogue ». L’article 311-8 le défini comme visant « à prévenir les dommages sanitaires, psychologiques et sociaux, la transmission des infections et la mortalité par surdose liés à la consommation de substances psychoactives ou classées comme stupéfiants. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665/LEGISCTA000031917438/#:~:text=%2DLa%20politique%20de%20r%C3%A9duction%20des,psychoactives%20ou%20class%C3%A9es%20comme%20stup%C3%A9fiants.

[4] https://www.interieur.gouv.fr/actualites/dossiers-de-presse/presentation-du-projet-de-loi-ripost

[5] Le Conseil d’Etat a rendu un avis consultatif sur ce texte le 19 mars 2026 : https://www.conseil-etat.fr/avis-consultatifs/derniers-avis-rendus/au-gouvernement/avis-sur-un-projet-de-loi-renforcant-la-securite-du-quotidien

[6] https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/commissions/commission-des-lois/controle-en-clair/rodeos-urbains.html

[7] https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-limpact-du-narcotrafic-en-france-et-les-mesures-a-prendre-pour-y-remedier.html

[8] https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051734851

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