Réflexion sur l’intervention du RAID lors de violences urbaines
En septembre 2025, le « Guide opérationnel des violences urbaines », diffusé en interne à la hiérarchie des forces de l’ordre, avait suscité l’émoi : le document, disait-on, officialisait l’intervention du RAID lors d’opérations de rétablissement de l’ordre. Le RAID dans les manifs ? En fait non. Car le texte précise les règles d’engagement d’une telle unité, très encadrées et dans des conditions bien particulières : une situation insurrectionnelle à la limite de la guerre civile, mettant notamment « directement en péril des vies humaines ou l’intégrité physique des personnes ».
Le RAID[1] pourrait-il être aujourd’hui envoyé à Marseille dans les mêmes conditions qu’en 2023 pour mettre un terme à des pillages ? La réponse est non, si l’on en croit le « Guide opérationnel des violences urbaines » qui a été diffusé en septembre dernier à la hiérarchie des forces de l’ordre. Alors que plusieurs membres de l’unité d’élite ont été mis en cause pour des violences ayant entrainé plusieurs blessés et un mort dans la cité phocéenne au début de l’été 2023[2][3][4], le document cadre très précisément les conditions dans lesquelles elle pourrait désormais intervenir à l’occasion de « violences urbaines », ce qui n’existait pas il y a deux ans.
« La France a connu, à l’été 2023, des violences urbaines inédites dans leur intensité et leur étendue, ayant concerné l’ensemble du territoire national », rappelle le document de 52 pages dans son introduction. « Pareille situation remonte aux émeutes de 2005, dont les spécialistes ont toutefois souligné l’intensité moindre. Leur imprévisibilité a mis les services de la police nationale sous tension et mis en lumière la nécessaire adaptation des moyens humains, matériels et des doctrines d’emploi », poursuit-il, avant de souligner que « la lutte contre les violences urbaines obéit à un cadre juridique et opérationnel propre, différent du maintien de l’ordre, et auquel aucun document cadre ne faisait, jusqu’à aujourd’hui, référence ».
Le « Guide » définit les « violences urbaines » comme, « tout acte violent commis à force ouverte contre des biens, des personnes et/ou des symboles de l’autorité de l’Etat, par un groupe généralement jeune, structuré ou non, commis sur un territoire donné dont le contrôle est revendiqué par le groupe » Le document a « vocation à répondre à toutes les situations de violences urbaines, jusqu’aux émeutes insurrectionnelles, caractérisées par une très haute intensité ».
Outre les forces traditionnelles de gestion des violences urbaines, comme les CRS ou les Gendarmes mobiles, qu’en est-il du RAID ?
Il ne pourra pas être engagé pour du maintien ou du rétablissement de l’ordre simples, ni si les violences urbaines se traduisent par de la casse ou des pillages. Il faudra pour cela une « situation très dégradée au regard de la durée, l’étendue et l’intensité des violences, des infractions commises, de la nécessité d’emploi de moyens spécialisés et de l’inefficacité de l’intervention des unités conventionnelles ». Et la seule personne qui pourra décider d’avoir recours au RAID est le Directeur général de la police nationale (DGPN).
On pourrait estimer que tous ces critères sont assez flous et laissent la place à de multiples interprétations. Mais la fiche technique « Engagement du RAID en violences urbaines », vient préciser les choses. Et autant dire qu’à lire le document, la « situation très dégradée » est synonyme de guerre civile.
Le document précise ainsi les « critères cumulatifs », qui doivent « être recherchés pour justifier l’emploi du RAID » : « Installation dans la durée d’une situation extrêmement dégradée de troubles à l’ordre public ; Nécessité de l’emploi de moyens spécialisés pour rétablir l’ordre ; Exactions mettant directement en péril des vies humaines ou l’intégrité physique des personnes : tirs par armes à feu, utilisation d’engins explosifs ou de dispositifs complexes de piégeage voire emploi intensif et persistant d’autres moyens pyrotechniques (mortiers d’artifice notamment) en direction de la foule ou des forces d’intervention (police, pompiers…), incendies volontaires de locaux occupés. » Autant d’éléments qui doivent avoir pour conséquence « d’empêcher l’intervention des forces de l’ordre traditionnelles dans des conditions satisfaisantes de sécurité ».
Le guide stipule juste après que « sont exclus de la doctrine d’intervention du RAID les missions d’intensité moindre telles que : Patrouilles préventives ; Contrôles d’identité ; Contrôles de véhicules ; Gardes statiques de bâtiments ou de zone ; Interpellations d’individus commettant des actes de délinquance purement acquisitive dépourvue de mise en danger de la vie ou de l’intégrité physique d’autrui » (en clair les pillages sans violences physiques sur autrui, NDLA, ce qui exclut donc une intervention comme celle menée à Marseille début juillet 2023 durant les nuits d’émeute consécutives à la mort de Nahel). Enfin, le RAID ne pourra pas être employé dans le cadre de la « canalisation de foules non hostiles (maintien de l’ordre traditionnel) ».
L’emploi du RAID dans les conditions telles qu’elles sont définies dans ce document ne viennent donc pas s’ajouter aux missions traditionnelles de ce service spécialisé[5]. Ce guide les précise, et rappelle qu’on ne peut pas faire faire n’importe quoi au RAID, y compris dans le cadre de violences urbaines.
[1] Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion
[2] « Après la mort de Nahel Merzouk, récit de trois nuits de violence du Raid à Marseille ». Marsactu, 19 août 2025
[3] « Mort de Mohamed Bendriss : tir de LBD, policiers du Raid en cause... ce qu'il faut savoir de l'expertise rendue aux juges ». France 3 régions PACA, 30 avril 2025
[4] « Marseille : deux policiers du RAID soupçonnés de violences lors des émeutes placés en garde à vue », Le Figaro, 24 mai 2024
[5] Le RAID prête assistance aux services de police et il est notamment chargé : d'intervenir à l'occasion de troubles graves à l'ordre public nécessitant l'utilisation de techniques et de moyens spécifiques ; d'apporter son concours opérationnel aux services chargés de la prévention et de la répression de la criminalité organisée et du terrorisme ; d'assister le service de protection des hautes personnalités dans ses missions ; de mettre à la disposition des services de police des matériels spécialisés servis par le personnel de l'unité ; de contribuer, en collaboration notamment avec la direction des ressources et des compétences de la police nationale, à l'instruction des personnels de police en matière de lutte antiterroriste ; de procéder, en collaboration avec la direction des ressources et des compétences de la police nationale et la direction centrale de la police judiciaire, à des études et des essais de techniques et de matériels d'intervention ainsi qu'à la formation de fonctionnaires de police ou de services dans le cadre de ses activités. (Source ministère de l’Intérieur).