Making of « Une vie de flic »
Making of 2019-2020
Patrick Visser-Bourdon, Fayard 2020
Il s’agit du quatrième livre, depuis 2017. Avec cet ouvrage, je vais, pour la première fois, aider quelqu’un à raconter son parcours singulier, hors du commun. C’est d’abord l’histoire d’une rencontre, houleuse.
Nous sommes le vendredi 9 septembre 2016, à Calais, à quelques mois du démantèlement de la « Jungle », vaste campement de migrants dans la Lande, qui compte alors entre 7.000 et 10.000 habitants. Ce jour-là, j’ai rendez-vous en milieu de matinée à la terrasse du Family Pub, bar central de la ville où tout le monde se retrouve, avec Gilles Debove, alors policier et délégué syndical. Nous sommes en pleine discussion, et un véhicule break se gare sur le trottoir d’en face. Un homme en sort, jeans, chemise blanche et veste de costume. « Voilà le patron, le commissaire », me glisse Gilles qui fait les présentations. Patrick Visser-Bourdon, alors commissaire de Calais par intérim. Et je me fais engueuler, direct. « Journaliste ? Vous avez vu qui, vous avez rencontré qui ? Je ne vous demande pas des noms, mais il y a beaucoup de bêtises sur Calais dans la presse ».
Il s’assoit juste en face de moi, commande un café, et continue à râler. J’écoute en silence. Et la discussion s’engage. Je termine une semaine à Calais, dans le cadre de la rédaction de « La France qui gronde », pour raconter la ville et ses habitants, la manière dont ces derniers ressentent tout ce qui se dit et s’écrit sur la situation de la commune, les affrontements sur la rocade qui mène au port, les images nocturnes de barrages incendiés qui tournent sur les chaines d’infos, ici et de l’autre côté de la Manche. Je dois repartir l’après-midi même, en bus.
Les heures passent. Et le commissaire adopte le tutoiement : « tu as faim ? ». J’accepte l’invitation et me retrouve installé à ses côtés dans la voiture de fonction, mon sac à dos sur le siège arrière, pour aller partager un couscous dans un restaurant de la place d’Armes. Et c’est le récit d’une vie, passionnant, qui commence. Et là, va germer dans mon esprit l’idée d’un livre, déjà, une histoire qui fait sens, un parcours inédit qui va d’une scolarité un peu erratique à la frontière de l’espace Schengen, en passant par l’antiterrorisme, les stups, les émeutes de 2005, un grave accident de la route….
On va se recroiser, se reparler les années suivantes. Il va suivre de loin l’écriture de « Paroles de flics », me donner quelques conseils et quelques observations. Et c’est en 2019, alors que vient de sortir « Bienvenue aux urgences », que l’on évoque l’idée de faire un livre. Et une nouvelle aventure commence, des heures et des heures d’entretien, de travail à deux à son domicile, de consultation d’archives, de photos, de coupures de journaux, et la rencontre avec sa famille.
Le dernier chapitre du livre va s’écrire fin mai 2020, assez vite, sur le confinement, le travail des policiers, et du commissaire alors en poste à Montgeron dans l’Essonne pendant cette période bizarre, où le temps semblait suspendu. Il s’intitule d’ailleurs « 11 mai 2020 », date de la levée du confinement, et fait l’ouverture du livre qui parait en octobre cette année-là.
L’histoire d’une vie, à la première personne du singulier.